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Le ministre brésilien des Finances rattrapé par la crise
Le ministre brésilien des Finances rattrapé par la crise
18 Nov 2005
Source: Les Echos


Antonio Palocci a perdu le sourire. L'affable ministre des Finances en poste depuis le début de l'administration Lula, il y a près de trois ans, a laissé de côté sa légendaire bonne humeur pour défendre sa politique de rigueur, critiquée au sein du gouvernement. Et sa propre réputation, ébranlée après une série d'accusations de trafic d'influence et de corruption. Il a laissé courir le bruit de sa probable démission si on le poussait dans ses derniers retranchements et, dans le même temps, a sollicité et obtenu le soutien du chef de l'Etat. Car Lula estime que le bilan économique du gouvernement sera sa meilleure arme pour briguer un second mandat dans un peu moins d'un an. « Nous devons poursuivre notre effort fiscal pour au moins dix ans », a déclaré Antonio Palocci devant une commission du Sénat hier soir. Pour tenter de désamorcer la crise politique, il a par la suite ajouté, péremptoire : « Il n'y a pas eu d'argent de Cuba dans la campagne du président Lula, ni d'argent d'Angola ou des FARC [Forces armées révolutionnaires colombiennes]. »


Depuis la démission du bras droit de Lula, José Dirceu, en juin, Palocci était pourtant devenu le nouvel homme fort du régime. Ce quadragénaire jouit à la fois de la confiance du locataire du palais du Planalto à Brasilia, et de celle des investisseurs à Wall Street, pour lesquels il est un gage de continuité. Pour un néophyte en sciences économiques, ce médecin de formation a de fait remporté quelques beaux succès : la politique économique orthodoxe mise en oeuvre par son ministère a permis au Brésil de retrouver le chemin de la croissance tout en jugulant l'inflation. Et, porté par la demande mondiale, de redresser ses comptes extérieurs de façon spectaculaire.



Artisan de la stabilisation
Palocci passe ainsi aux yeux des marchés pour l'artisan de la stabilisation, celui qui a fait admettre à la « vieille gauche » la validité des grands équilibres macroéconomiques et qui a convaincu Lula que les prétendues recettes miracles pour relancer la machine ne feraient qu'aggraver les problèmes structurels de l'économie du pays.


L'opposition est la première à saluer sa modération et lui décerne volontiers des lauriers. En revanche, sa politique orthodoxe est vigoureusement contestée à gauche. Ses adversaires au sein du gouvernement ont tenté de profiter du ralentissement de l'activité économique au troisième trimestre pour remettre en cause le bien-fondé d'une politique budgétaire austère, qui a dégagé un excédent primaire de 6,1 % du PIB au cours des neuf premiers mois de l'année, alors que l'objectif officiel n'est que de 4,25 %. En outre, la croissance, qui devrait avoisiner 3 % en 2005, est bien inférieure à la moyenne des autres pays émergents. Les taux d'intérêt réels, supérieurs à 13 %, demeurent une entrave à une reprise plus vigoureuse.


La ministre chef de l'administration civile, Dilma Rousseff, a même récemment attaqué la politique d'ajustement à long terme en la qualifiant de « rudimentaire ». Non sans souligner la nécessité de la reprise des investissements publics dans des secteurs névralgiques de l'économie, comme les infrastructures. En outre, bien que le ministre des Finances ne cesse de se justifier, son nom se trouve toujours mêlé à des affaires de corruption, notamment lorsqu'il était maire de Ribeirão Preto, à l'intérieur de l'Etat de São Paulo. Affaires qui portent atteinte à son image de « Monsieur propre ».

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