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Le président Lula perd le soutien de la croissance
6 Dec 2005
Source: Le Monde
Le recul de 1,2 % du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre de l'année 2005, annoncé le 30 novembre, a provoqué un électrochoc dans un Brésil où le ministre de l'économie, Antonio Palocci, avait récemment évoqué l'avènement "d'un nouveau cycle de croissance, long et intense".
Sur la lancée d'un taux de croissance de 4,9 % en 2004, le gouvernement espérait 3,3 %. Il est obligé de ramener sa prévision à 2,5 %. Dans le contexte mondial de croissance, personne n'avait anticipé ce résultat. Et le débat s'amplifie pour savoir à qui attribuer la faute.
Pour les centrales syndicales et les patrons brésiliens, la politique monétaire de la banque centrale et ses taux d'intérêt "stratosphériques" sont responsables de la forte appréciation du réal face au dollar et à l'euro, et défavorisent les exportations. "Nous ne pouvons pas permettre qu'un groupe continue à diriger seul le pays. Nous ne pouvons pas concentrer le pouvoir entre les mains d'un groupe qui ne parle que de la monnaie et de l'inflation", a affirmé le président de la Fédération des industries de Sao Paulo (Fiesp), Paulo Skaf.
Par peur d'une surchauffe, les dirigeants économiques ont, ces derniers mois, durci leur politique. L'excédent primaire du budget a largement dépassé l'objectif, fixé à 4,25 %. Quant à la banque centrale, elle a jusqu'au mois d'août maintenu son taux directeur proche de 20 %.
Les statistiques précisent les secteurs responsables du ralentissement de l'économie : en plus de l'industrie, l'agriculture a été très touchée - avec une réduction des récoltes de blé, café et oranges, et des exportations de viande freinées par la fièvre aphteuse -, et les investissements sont en baisse.
Pour le président du Brésil et son équipe, la faute en revient au contexte de crise politique, alors qu'ils assuraient que l'économie était "blindée" contre les accusations de corruption. Luiz Inacio Lula da Silva, qui avait promis durant son mandat "le spectacle de la croissance", a admis que la croissance serait modeste.
Une bien mauvaise nouvelle pour le probable candidat à sa propre succession, alors que la crise générée par le scandale du financement du Parti des travailleurs (PT, gauche au pouvoir) semble interminable. Le président n'a pas pu exploiter les bonnes nouvelles dévoilées au même moment : les inégalités et l'extrême pauvreté qui reculent depuis huit ans sous l'effet de la baisse des prix du secteur alimentaire, la création d'emplois, l'amélioration du niveau scolaire ou l'expansion des programmes d'assistance sociale...
Le faible PIB risque aussi de fragiliser un peu plus le ministre de l'économie, qui a tenté de minimiser l'"écart". Depuis la fin du mois d'août, M. Palocci est la cible d'attaques de l'opposition, qui fouille sa gestion passée de la mairie de Ribeirao Preto.
A l'approche de la présidentielle d'octobre 2006, le débat devrait s'amplifier entre partisans d'un équilibre rigoureux des finances et partisans du développement, défendu au sein du gouvernement par la ministre et chef du cabinet présidentiel, Dilma Roussef.
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