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Malgré l'optimisme du président Lula, le Brésil n'en sortira pas indemne
Malgré l'optimisme du président Lula, le Brésil n'en sortira pas indemne
15 Oct 2008
Source: Le Monde


La Bourse de Sao Paulo, la plus importante d'Amérique latine, a été frappée de plein fouet. Elle a perdu 50 % de sa valeur depuis son apogée en mai. Aucun des 66 titres qui composent son principal indicateur, l'Ibovespa, n'a été épargné.

Plusieurs grands groupes, comme Aracruz (bois), Rossi (construction) ou Gol (transport aérien) ont annoncé d'énormes pertes qui se chiffrent, au total, en milliards de dollars. Ces entreprises avaient parié à terme, et à tort, sur une poursuite de l'appréciation du real, la monnaie brésilienne, par rapport au dollar.

Traumatisé par l'inflation des années 1970-1980, le Brésil a maintenu, pour empêcher le retour de celle-ci, des taux d'intérêt très élevés : 13,5 % pour le taux de base nominal, soit un taux réel de 8 % à 9 %. Cette politique avait pour avantage d'attirer les investisseurs séduits par des produits financiers publics au fort rendement. La crise a renversé le mouvement. Les spéculateurs ont retiré du Brésil leurs placements les plus risqués.

La chute de la Bourse reflète un autre phénomène lié à la crise : la baisse des cours des matières premières et produits agricoles qui procurent la moitié des ressources en devises du Brésil. A elles seules, les deux premières compagnies nationales, Petrobras (énergie) et Vale (minerais) représentent 35 % de l'indice boursier. L'agro-négoce craint une baisse substantielle de la demande, notamment d'Inde et de Chine, une forte hausse des prix des intrants et, à l'intérieur, un assèchement du crédit rural.

Le real est l'autre grande victime de la crise. Il s'est déprécié de 50 % par rapport au dollar depuis son meilleur taux, atteint le 1er août. Sa chute résulte de la forte demande de dollars des entreprises. Elle tient aussi au repli des investisseurs qui, après avoir acheté massivement des produits en real très rentables, les ont vendus tout aussi massivement pour racheter des dollars ou d'autres monnaies au taux plus faible mais dont ils avaient un besoin urgent. L'actuelle turbulence monétaire a plongé dans le désarroi des entreprises très dépendantes de l'exportation. Certaines ont même choisi, comme dans la zone industrielle de Manaus, de mettre quelque 15 000 employés en vacances forcées, en attendant que le taux de change se stabilise.


LES BANQUES SONT SAINES


Pour enrayer la chute de la Bourse et de la monnaie, la banque centrale a injecté des dollars, en ventes directes, ou en opérations "swap". Comme toutes les autres places mondiales, Sao Paulo s'est redressée lundi 13 octobre (+ 14 %) et le dollar a baissé (- 7 %). Face à la raréfaction du crédit, la banque centrale a irrigué le marché et soutenu les banques.

Elle a partiellement débloqué les dépôts bancaires obligatoires et promis lundi de continuer à le faire progressivement. Au total, cette mesure équivaudra à l'injection nouvelle de 45 milliards de dollars (33 milliards d'euros). La banque a aussi racheté plusieurs portefeuilles de crédits d'établissements en difficulté et encouragé les grandes banques à "aider" de la même manière les plus faibles.

Il n'empêche : face à la crise, le Brésil est "blindé", comme on dit ici. Les fondamentaux de son économie restent bons. Le gouvernement s'en tient à son orthodoxie budgétaire et monétaire. Rescapées de plusieurs crises antérieures, les banques sont saines et soumises à des règles prudentielles strictes, avec des fonds propres élevés. Depuis que le Brésil est devenu, il y a quelques mois, un pays créditeur en devises, sa dette externe ne s'alourdit plus en proportion du PIB lorsque le dollar se renchérit, mais au contraire s'allège.

Quant à la banque centrale, elle peut intervenir à son aise grâce au confortable coussin de réserves sur lequel elle est assise : 206 milliards de dollars. Voilà pourquoi le président Lula, résolument rassurant, a répété lundi à Madrid que le Brésil n'avait pas besoin de "mesures drastiques" pour affronter la crise.

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